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Le point sur le phénomène des SPACs (Special Purpose Acquisition Companies)

Vendredi 02 avril 2021 à 12h33 par DOLIDON PARTNERS

Par Guillaume Dolidon et Lou Recht

Depuis 2020, les véhicules d’investissement spécifiques que sont les « SPACs » (Special Purpose Acquisition Companies) connaissent un essor fulgurant outre-Atlantique, et certains prédisent qu’il en sera bientôt de même en Europe (1). Difficile en effet d’ignorer le phénomène avec déjà près de 300 introductions en bourse de SPACs aux Etats-Unis en ce début d’année 2021 (248 en 2020) et bientôt 100 milliards de dollars levés sur cette même période (2).

En Europe, même si l’engouement sera vraisemblablement plus mesuré qu’aux Etats-Unis, le phénomène SPAC met déjà en ébullition les principales places financières. Face à la concurrence croissante de la bourse d’Amsterdam, qui cherche à s’imposer comme la future place de référence de cotation des SPACs, le gouvernement britannique a publié le 3 mars dernier les résultats du « UK Listings Review », qui recommande un allégement de la réglementation des SPACs au Royaume-Uni, avec l’objectif affiché d’asseoir la compétitivité de la bourse de Londres face aux autres marchés européens (3).

La France pourrait également sortir son épingle du jeu car la place parisienne dispose d’un environnement tout à fait propice au développement des SPACs. La première introduction en bourse en France d’une SPAC remonte à 2016 avec une levée de fonds de 250 millions d’euros réalisée par la société Mediawan. A la fin de l’année 2020, c’est la SPAC 2MX Organic qui a fait son entrée sur le compartiment professionnel du marché règlementé d’Euronext Paris, représentant ainsi l’introduction en bourse française la plus importante de l’année avec 300 millions d’euros levés. Il y a quelques jours, le fonds de capital-risque 360 Capital a annoncé le projet d’introduction en bourse d’une SPAC dédiée aux entreprises technologiques, sur Euronext Paris, dénommée « 360 Disruptech EU » (4).

Une SPAC, c’est quoi ?

La SPAC s’inscrit dans l’économie du prototype. En effet, au moment de son lancement, la SPAC est une société sans activité opérationnelle, au travers de laquelle les fondateurs (les « sponsors ») vont lever des fonds auprès d’investisseurs via une introduction en bourse, dans l’unique objectif de financer de futures acquisitions dans un domaine défini (raison pour laquelle on parle de sociétés de chèques en blanc – « blank check companies »). Cet objectif d’acquisition (que la pratique désigne « de-SPAC » ou processus de « de-SPACing ») doit généralement se réaliser dans un délai de 24 mois. Pendant ce délai, les sommes levées dans le cadre de l’introduction en bourse sont bloquées sur un compte séquestre. A défaut de réalisation de l’acquisition dans les délais prévus, la SPAC est liquidée et le boni de liquidation distribué à ses actionnaires.

Quel intérêt de recourir à une SPAC ?

Avantages pour les investisseurs – Jusqu’au de-SPAC, les investisseurs sont relativement sécurisés dans la mesure où la globalité des sommes levées via l’introduction en bourse est immédiatement placée sous séquestre. Si l’objectif d’acquisition n’est pas réalisé dans les délais prévus, la SPAC sera dissoute et les investisseurs seront remboursés de la valeur du prix de souscription de leurs actions dans le cadre de l’introduction en bourse, par priorité sur le remboursement des actions détenues par les sponsors. Dès l’introduction en bourse, il faut aussi remarquer que les investisseurs (à l’exception des sponsors généralement tenus par des engagements de conservation étendus) auront naturellement la possibilité de céder leurs titres sur le marché sans attendre la réalisation de l’acquisition initiale d’une cible. Enfin, les actionnaires qui s’opposeraient à l’acquisition initiale de la cible proposée par le management ont également la faculté de demander le rachat de leurs actions au prix de l’introduction en bourse.

Avantages pour les sociétés cibles – Pour les sociétés en pleine phase de développement, le recours au rachat par une SPAC représente une opportunité de répondre plus rapidement, et en masse, à leurs besoins élevés en financement court terme, lesquels sont souvent difficiles à combler lors de la mise en œuvre de plusieurs tours de table dans le cadre des opérations classiques de capital-risque. Ainsi, l’union avec une SPAC peut s’avérer être une alternative efficace à l’industrie du private equity, et représente surtout un processus accéléré d’introduction en bourse permettant l’accès à la liquidité du marché boursier.

Avantages pour les sponsors – L’avantage financier est indéniable pour les sponsors en cas du succès du projet. Les actions qu’ils détenaient avant l’introduction en bourse de la SPAC et souscrites à une valeur nominale a fortiori très faible bénéficieront, une fois l’acquisition de la cible réalisée, d’un cours de bourse nettement supérieur, au même titre que l’ensemble des actions détenues par les investisseurs et admises aux négociations sur le marché. Les sponsors recevront à ce titre une part considérable dans la cible, généralement jusqu’à 20 %, ce qui constitue de fait un investissement à très haut rendement.

Euronext Paris, une place accueillante pour les SPACs.

Introduit en France en 2007, le compartiment professionnel d’Euronext Paris a été créé à destination des investisseurs qualifiés pour permettre aux émetteurs l’admission de leurs titres sur un marché réglementé (avec la liquidité qui le caractérise) sans offre au public (par cotation directe, ou par suite d’un placement privé). Ce marché, qui se singularise par sa souplesse, propose un cadre particulièrement bien adapté aux SPACs. Le compartiment professionnel offre ainsi aux investisseurs qualifiés la liquidité du marché réglementé, tout en permettant aux actionnaires individuels, s’ils le souhaitent, d’acquérir les titres de la SPAC sur le marché secondaire.

L’admission sur le compartiment professionnel est accompagnée de quelques exemptions par rapport aux obligations qui incombent aux émetteurs dont les titres sont admis aux négociations via une offre au public. La lettre de fin de travaux des commissaires aux comptes sur le prospectus n’est pas requise (article 212-15 du règlement général de l’AMF). De même pour l’attestation du prestataire de services d’investissement (article 212-16 du règlement général de l’AMF). Enfin, le résumé du prospectus n’a pas besoin d’être traduit en français (article 212-12 du règlement général de l’AMF).


(1) « La fièvre des Spac s’empare de l’Europe », par Laurence Boisseau, Les Echos, 15 mars 2021.

(2) SPACInsider, SPAC Research.

(3) UK Listing Review.

(4) « 360 Capital lance le premier SPAC dédié à la Tech sur Euronext », par Guillaume Bregeras, Les Echos, 25 mars 2021.

Pour en savoir plus : http://www.dolidon-partners.com/category/actualites
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