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Raphaël Petit (Oaklins) : « Les beaux actifs partent encore plus vite et cher qu'avant »

Jeudi 27 mai 2021 à 12h20 par OAKLINS

Reprise de l'interview réalisée par Alexandre Léoty, journaliste pour La Lettre M - parue le 21 mai 2021.
La Lettre M est un support de presse spécialisée économique destiné aux chefs d'entreprise en Occitanie.

Raphaël Petit, Partner d'Oaklins France dirige notre bureau de Toulouse. Il est par ailleurs spécialisé dans le secteur " Aerospace & Defense"

http://www.lalettrem.fr/actualites/raphael-petit-oaklins-les-beaux-actifs-partent-encore-plus-vite-et-cher-quavant

Alors que le secteur aéronautique est touché de plein fouet par la crise, le marché régional des fusions-acquisitions connaît un profond bouleversement. Décryptage exclusif pour La Lettre M avec Raphaël Petit, co-fondateur de la banque d'affaires Oaklins France, à Toulouse.

Comment se porte le marché des fusions-acquisitions en Occitanie ?
Nous constatons depuis quelques années un afflux massif de capitaux dans le private equity (capital investissement). C'est un phénomène qui n'est pas nouveau : il remonte en réalité aux lendemains de la crise des subprimes et s'est accéléré au cours de ces dernières années. Au fil du temps, les valeurs refuges d'autrefois, comme les dettes d'État, n'ont plus rien rapporté, voire ont coûté de l'argent, ce qui est une aberration économique. Pour les fonds ayant des liquidités à placer, il est devenu intéressant de regarder d'autres classes d'actifs, comme le private equity. Cela draine désormais de grandes quantités d'argent.

La Covid-19 a-t-elle changé la donne ?
Ce qui a changé, c'est qu'aujourd'hui, les beaux actifs partent encore plus vite et plus cher qu'avant. Les fonds ont toujours beaucoup d'argent à placer, et avec la crise, le nombre de dossiers qui cochent les bonnes cases s'est considérablement réduit. Par conséquent, la compétition entre acheteurs est encore plus grande qu'auparavant.

Paradoxalement, les aides d'Etat ne freinent-elles pas de façon indirecte la mise sur le marché des entreprises ?
À mon sens, les aides d'État ont été bien dimensionnées et bien rythmées en termes de timing. Sur ce sujet, la France a été assez exemplaire. En ce qui concerne le private equity, il ne faut pas oublier que rares sont les fonds à se positionner sur des projets complexes, comme des retournements d'entreprises.

En d'autres termes, les fonds n'ont pas vocation à se lancer dans des opérations de sauvetage...
Exactement ! Il y a, c'est évident, des besoins massifs de capitaux dans des secteurs particulièrement impactés par la crise. Mais nous n'arriverons pas à y emmener les fonds de private equity. Ce n'est pas leur vocation. Car même si les dossiers sont potentiellement très rémunérateurs, ils sont aussi souvent relativement risqués.

En Occitanie, l'aéronautique fait partie des secteurs les plus touchés par la crise. Or, on ne voit pas, ou très peu, d'opérations de fusions-acquisitions. C'est justement pour cette raison ?
Tout à fait. Dans le secteur aéronautique, il y a deux types de sociétés. D'une part, celles qui ont la chance - ou qui ont eu le bon sens stratégique - d'être positionnées de façon significative sur les marchés de la Défense et des hélicoptères, qui souffrent beaucoup moins que celui de l'aviation commerciale. Ces entreprises résistent plutôt bien à la crise. Elles peuvent donc trouver des fonds intéressés. Nous sommes d'ailleurs en train d'accompagner actuellement une très belle société dans une opération.
Mais c'est une exception : c'est le premier “deal” aéronautique que nous signons depuis mars 2020 ! La majorité des entreprises du secteur est directement impactée par la crise. Certaines d'entre elles, qui allaient déjà mal avant la Covid-19, seront probablement placées en redressement judiciaire (RJ) dans les mois à venir. À mon sens, les procédures de RJ devraient en effet se multiplier en 2022. Elles toucheront principalement des sociétés qui n'auront pas réduit leurs coûts et qui, sous perfusion, auront continué à brûler du cash. Or, lorsque le secteur va repartir, la guerre des prix risque d'être sanglante, car le gâteau à se partager sera plus petit qu'avant...

Et les autres entreprises aéronautiques, celles dont la structure financière s'est adaptée au contexte, qu'en est-il ?
Un rapprochement entre certains acteurs pourrait avoir lieu. Cela aurait du sens du point de vue de la consolidation de la supply chain (chaîne partenariale de sous-traitance), mais aussi d'un point de vue financier. Cela permettrait de faire émerger des champions. Actuellement, beaucoup de discussions allant dans ce sens sont en cours, mais aucun “deal” ne se fait.

Pour quelle raison ?
Parce qu'on ne sait pas, aujourd'hui, valoriser les entreprises du secteur ! Lorsqu'on le fait, les indicateurs sont presque toujours négatifs. Or, vendre sa boîte quand elle ne vaut rien, personne ne veut le faire, c'est humain... On ne brade pas ce qui constitue bien souvent le fruit de toute une vie de labeur. La situation est donc bloquée, le système s'est grippé. Il serait possible, bien entendu, de réaliser des opérations sans cash, sur la base de fusions, mais dans les faits, c'est très difficile, car cela nous ramène à des problématiques de gouvernance. Marier deux patrons qui étaient jusque-là concurrents, c'est très compliqué.

Qu'est-qui pourrait changer la donne ?
Nous tous, collectivement, lorsque nous reprendrons l'avion ! Cela relancera la machine et permettra à Airbus, notamment, d'augmenter ses cadences de production. Par ailleurs, le rebattage des cartes en termes de parts de marché pourrait contribuer à faire bouger les lignes. Soyons clairs : en Occitanie, si c'est le rapprochement ou la mort, les entreprises iront. Et en parallèle, celles qui auront réussi à retrouver un peu de couleurs pourront lever des fonds ou se faire racheter.

Dans ce contexte, quels secteurs d'activités sont aujourd'hui les plus porteurs pour les fonds de private equity en Occitanie ?
Sans surprise, ce sont ceux qui sont relativement acycliques et qui répondent à des besoins “primaires”. On retrouve donc l'agroalimentaire, la santé au sens large, l'industrie, dans une moindre mesure, et, bien entendu, les services informatiques, devenus totalement indispensables aujourd'hui.

Propos recueillis par Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net

Pour en savoir plus : https://www.oaklins.com/fr/en/team/3980
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